Résidistance DVDV/EDCEE # 17

Apocalypse Blow

Résidistance DVDV/EDCEE – Daniel Van De Velde/Expérience De Confinement En Extérieur

Épisode 17 : Apocalypse Blow – le 20/04/2020

La petite Algonquine née le 20 avril 2064, à 00h27mn56s a appris par cœur ce passage du livre de Lovelock intitulé L’Hypothèse Gaïa, sous-titré : La terre est-elle un être vivant ? Elle me l’a chanté en tapant du doigt sur le sommet de mon crâne. Elle a juste changé le dernier mot. Elle trouvait le mot confiné plus actuel. Plus approprié. Il faudrait pour que je retrouve le mot d’origine que je retrouve le livre, que je retrouve la page d’où a été extirpée cette citation. Mais il est tard, les mots dorment, la nuit est d’encre et je dois encore aller voir Bob le mouton pour discuter de l’importance de la constellation d’Orion dans son bestiaire personnel.

Voici la citation :

« La Terre réelle tournerait en orbite autour du Soleil et serait en conséquence soumise à un flux puissant d’énergie radiante, qui inclurait quelque rayonnement capable de désintégrer des molécules aux limites extérieures de l’atmosphère. Elle posséderait en outre un intérieur chaud, préservé par la désintégration d’éléments radioactifs abandonnés par l’explosion nucléaire cataclysmique qui a produit les débris dont est formée la Terre. Il y aurait des nuages et de la pluie, et vraisemblablement des terres. En supposant que l’émission solaire actuelle soit inchangée, les calottes glaciaires des pôles n’existeraient pas, car ce monde sans vie mais en état stable serait plus riche en dioxyde de carbone et en conséquence perdrait la chaleur de manière moins prononcée que le monde dans lequel nous nous sommes confinés. »

Elle m’a demandé de l’aider à traduire ce fragment dans la langue algonquine de façon à ce que chaque clan puisse comprendre et transmettre à d’autres clans encore et encore jusqu’à la fin des clans, comme l’usage le veut depuis qu’Aldoumine, déesse des vides intersidéraux interfère pour la pérennité de la lignée des algonquins. Ne connaissant pas cette langue universelle, je me sentais idiot, démuni, maladroit comme une vieille porte défaillante sur ses gonds alors que la petite algonquine est le seuil lapidaire d’un univers renouvelé, tout en lâcher-prise. Je l’ai déçu. C’est sûr. Elle m’a demandé, avec un accent mâtiné de québécois : mais alors tu parles quelle langue ? Je lui ai répondu : aucune, j’ai perdu le goût des langues. Je lui laisse aussi le droit de me détester. Je n’ai rien à lui opposer, je suis d’une terre minoritaire. Une terre sans ombres et sans lendemain. Une terre peau de chagrin.

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