Résidistance DVDV/EDCEE # 33

Patiemment orchestré

Résidistance DVDV/EDCEE – Daniel Van De Velde/Expérience De Confinement En Extérieur

Épisode 33 : Patiemment orchestréle 05/05/2020

Je ne calfeutre plus mon corps. La notion de santé, limitée à mon anatomie, ne fait plus sens. Ma santé est orientation du monde intériorisé puis extériorisé sous forme de plantes, de reliefs, de bêtes, d’eau et de micro/macro-organismes interchangeables sur fond de plaisir magnétique et tellurique. Je m’éclipse momentanément du désir des hommes et des femmes. Mon corps s’ouvre intégralement à la puissance bienveillante des plantes.

Je redeviens une roche qui, en un vortex minéral et organique, se love un temps sur elle-même. Je redeviens être parmi tous les êtres. Indifférente et différente à la fois. Les images du cortex cérébral mille fois analysées, se démultiplient, deviennent antres de vie, désir. Je suis entière, intègre dans mon désir, porteuse de la continuité du monde. Je n’adhère plus à ce vis-à-vis d’une humanité divisée en hommes et en femmes. 

  

Je redeviens la terre sans origine et sans finalité où la vie et les êtres se croisent et se décroisent simultanément. Je vais t’absorber le plus simplement du monde. Je te veux en moi. Tu deviendras pour l’occasion un transfuge de vie. Je t’offre mon corps. Avant de me toucher tu devras mourir selon un rituel que j’aurais entièrement orchestré. Quand tu renaitras à la vie, ton corps prendra toute la mesure cosmique, magnétique et tellurique du mien.

    

Une aube lente murmure au travers des cloisons de son appartement, s’invite par les interstices entre les rideaux. Le chêne, le pin, l’arbousier, les trois eucalyptus se dévergondent, déversent des tonnes et des tonnes de vies inédites. Deux pies, une tourterelle, un pinson égaré, batifolent. Les bordures des trottoirs, les lampadaires, les pare-chocs des voitures, l’herbe entre les pavés, appellent au loin d’autres formes de vies. Des formes et des vies pour nettoyer la terre, l’alléger de tout ce présent inaudible et scandaleux. Des territoires en mutation.

Tu dors, du moins les pulsations rythmiques de ton corps sont celles d’une dormeuse. Je me lève, emmuré dans cette impossibilité de rejoindre l’inconscient du loup que l’on vient de réintroduire dans la région.  Tout dans la chambre est érosion lente des contours olfactifs de deux corps entrés dans la transe du plaisir. Quand nous faisons l’amour ensemble, nous le faisons par l’intégralité de nos deux existences. Plus d’horizons, plus de présence, l’univers devient pure jouissance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *